Actualités Météo
Vagues de chaleur et canicules en juin : une augmentation depuis les années 2000
Après un week-end déjà très chaud au sud-ouest, la vague de chaleur qui se met en place mercredi prochain et s'annonce remarquable par sa précocité, son intensité et sa durée sur certaines régions puisqu'elle se maintiendra jusqu'après le 21 juin. Des vagues de chaleur et canicules précoces se sont produites par le passé en France. Quelles ont été les principales canicules en juin ? Pourquoi leur fréquence augmente-t-elle ? Éléments de réponse avec Gilles Matricon, météorologue pour La Chaîne Météo/ Météo Consult.
La Chaîne Météo - Est-ce habituel d'avoir des canicules en Juin ?
Gilles Matricon - Alors qu'elles sont restées rares au XXᵉ siècle, nous assistons à une augmentation de la fréquence des canicules précoces en juin depuis le début des années 2000. En cette année 2026, la vague de chaleur observée fin mai est la plus précoce jamais observée en France depuis 1900. Les plus importantes d'entre elles se sont produites en 2003, précédant un été historiquement chaud. Plus près de nous, la canicule du 18 au 22 juin 2017 a été exceptionnelle, avec 37 °C à Paris. Mais, c'est bien la canicule de la fin juin 2019 qui a pour l'instant été la plus intense jamais observée, avec des températures qui avaient atteint 42 °C dans le centre du pays, et jusqu'à 46 °C à Vérargues dans l'Hérault le 28 juin 2019, constituant un record de chaleur absolu en France.
La vague de chaleur à partir du milieu de semaine s'annonce donc remarquable par sa précocité, survenant alors que l'été calendaire n'a pas encore débuté (l'été météorologique a débuté le 1er juin - NDLR). Des records de chaleur pour une deuxième décade de juin, voire d'un mois de juin entier, pourront ponctuellement être battus. Notons également que la durée du jour en juin est maximale, ce qui est un facteur amplifiant de la chaleur à cette époque de l'année : en effet, les nuits trop courtes ne permettent pas de restituer la chaleur vers l'espace, conduisant à une ambiance surchauffée, notamment dans les agglomérations.
Doit-on s'attendre à un été très chaud, voire caniculaire ?
Si l'on regarde les canicules passées et la typologie des étés qui ont suivi, nous ne constatons pas de relation de cause à effet.
- Ainsi, entre fin mai et début juin 1922, une canicule historiquement précoce s'était déroulée en France, et elle avait été suivie d'un été particulièrement maussade.
- Même chose en juin 2005, qui avait été très chaud du 15 au 30 du mois, avec une canicule précoce, suivie d'un été maussade.
- En 2006, le mois de juin a été très chaud, suivi d'un mois de juillet caniculaire. Mais, en août, la tendance s'était brutalement inversée, avec une fraîcheur exceptionnelle.
- La canicule de la mi-juin 2017 a été suivie d'un été assez chaud, mais orageux.
- Celle de juin 2019 a été suivie d'un été alternant fraîcheur et une canicule fin juillet où de nombreux records absolus de chaleur avaient été établis, comme à Paris (42,6°C), Dunkerque (41,3°C) ou au Mans (41,1°C).
- La vague de chaleur de fin juin / début juillet 2025 a duré 16 jours et se classe au 3ème rang des plus longues vagues de chaleur depuis 1947 été suivie d'un été chaud, au 3ème rang des étés les plus chauds en France depuis 1900.
- Enfin, la canicule qui avait surtout touché le sud et le centre de la France en juin 2003 a été suivie de l'été le plus chaud jamais observé sur notre pays. Du 2 au 13 août 2003, la plus longue canicule s'est produite, pulvérisant de nombreux records de chaleur établis pendant l'été 1976 et 1947, battus depuis par les 2 canicules de l'été 2019.
En moyenne, on constate donc que les canicules de juin sont plus souvent suivies d'étés chauds, et cela est devenu systématique depuis une quinzaine d'années. C'est d'ailleurs ce qu'indique notre tendance saisonnière pour cet été : il sera chaud, avec des températures au-dessus des normales, et sec. La probabilité de subir d'autres vagues de chaleur après celles qui nous attend fin juin est élevée, mais il est toujours difficile de prévoir à ce jour leur intensité, leur durée et leur extension géographique.
Pourquoi une telle recrudescence de canicules ?
Depuis quelques années, on assiste pendant l'été à la remontée des hautes pressions subtropicales vers nos latitudes tempérées alors que ce n'était que très rarement le cas jusqu'au début des années 2000, où le régime atlantique limitait le plus souvent les risques de canicules. Ces anticyclones subtropicaux, alimentés en air très chaud venant du nord de l'Afrique, provoquent ainsi des situations caniculaires plus fréquentes et intenses. Avec le réchauffement climatique, ce type de situations augmentera.
Est-ce que la sécheresse que nous connaissons depuis le printemps joue un rôle ?
Depuis février dernier, la France subit un important déficit de pluies. Hormis le mois de mai légèrement plus humide que la normale, c'est en effet un temps sec qui domine, lié à une anomalie de pression positive sur l'ouest de l'Europe et la France. À ce propos, ce début d'année 2026 est le plus chaud jamais observé en France depuis 1900. Ce contexte anticyclonique et sec constitue un facteur de risque supplémentaire de canicule cet été. Il faut se rappeler que la canicule de l'été 1976 avait été précédée d'un hiver et d'un printemps très secs. En effet, les sols secs sont moins capables de produire de l'évaporation (et de l'évapotranspiration pour la végétation), dont le rôle est d'atténuer les fortes chaleurs ambiantes. À ce sujet, on parle de "barrière anticanicule" pour désigner un environnement humide. À l'inverse, la présence de sols secs entraîne l'assèchement de l'air au-dessus, limite les développements nuageux ainsi que la formation des orages. Tout cela agit comme un cercle vicieux. Cependant, ce processus n'est pas systématique, car il suffit d'arrivée d'air froid en altitude pour provoquer des gouttes froides et de violents orages, même par climat désertique.