Actualités Météo

Fortes pluies : vers une mousson à l’européenne ?

Par Alexis VANDEVOORDE, météorologue
mis à jour le

Depuis le début du mois de janvier, l’Europe traverse une période météorologique hors norme, marquée par une succession quasi continue de tempêtes. Avec Goretti sur le Nord-Ouest, Harry en Méditerranée et Ingrid en Bretagne, les pluies se sont installées durablement. Cette répétition traduit la mise en place d’un régime de "mousson" à l’européenne, déjà actif et appelé à se renforcer d’ici la fin du mois. La comparaison n’est pas tropicale dans son origine : elle renvoie à la répétition et à l’intensité des pluies, directement liées à une organisation atmosphérique très atypique à l’échelle de l’hémisphère Nord, qui canalise durablement dépressions, humidité et forts vents vers l’Europe.

Consulter la météo de votre ville
Circulation météo atypique et "mousson" européenne © La Chaîne Météo

Une circulation atmosphérique profondément perturbée

Habituellement, les régions proches du pôle Nord sont dominées par des dépressions. Or, cet hiver, de puissants anticyclones s’y installent durablement. Ce verrouillage force les dépressions à circuler bien plus au sud que d’ordinaire sur l’Atlantique.

Parallèlement, une vague de froid remarquable frappe l’Amérique du Nord, avec des températures plongeant jusqu’à -35°C au Canada. Ce froid intense accentue fortement le contraste thermique entre les tropiques et les latitudes tempérées. L’atmosphère réagit alors naturellement en renforçant le courant jet d’altitude, un puissant ruban de vents chargé de redistribuer l’énergie.

Une véritable rivière atmosphérique vers l’Europe

Dans ce flux océanique anormalement bas en latitude, l’air issu des régions tropicales – notamment des Caraïbes – est extrêmement riche en vapeur d’eau. Cette humidité est transportée sur des milliers de kilomètres sous forme de rivière atmosphérique, un corridor étroit mais très intense d'un air très humide au fort potentiel pluvieux.

Ces dépressions vont ainsi arroser successivement l’ensemble de l’Atlantique européen puis le bassin méditerranéen, avec des pluies durables, parfois continues, sur de vastes régions.

Le régime dépressionnaire semble solidement installé et pourrait persister au moins jusqu’au début du mois de février, soit aux limites actuelles de la prévisibilité météorologique.

Des cumuls hors normes, un risque hydrologique élevé et des vents forts

Cumuls des pluies et défilé de perturbations © La Chaîne Météo

Les zones les plus exposées seront en première ligne :

- le Portugal : cumuls pouvant atteindre 400 mm, soit 2 à 3 fois les normales saisonnières.

- l'Espagne, l’arc atlantique français, notamment la Bretagne, déjà touchée par des inondations ces derniers jours,

- le pourtour méditerranéen jusqu’en Italie et aux Balkans.

Ces régions sortent à peine de la dépression Harry, qui a laissé un bilan humain et matériel lourd. Les sols saturés augmentent fortement le risque de réactions rapides des cours d’eau et d’inondations majeures dans les prochains jours.

Par ailleurs, des coups de vent à tempêtes sont possibles sur la France au cours de cette période.

Une mousson… mais d’origine différente

Par son caractère persistant et répétitif, cette séquence pluvieuse rappelle les régimes de mousson observés sous les tropiques.
La différence est essentielle : ici, la genèse n’est pas saisonnière ni liée au réchauffement continental, mais à un déséquilibre thermique très fort à l’échelle de l’hémisphère Nord, couplé à un courant jet puissant.

Une mousson à l’européenne, donc, dont les impacts pourraient marquer durablement la fin janvier sur le sud de l’Europe.

Et la neige dans tout ça ?

Avec des températures globalement de saison, sans excès de douceur, la pluie laissera place à une neige abondante en montagne. Les cumuls pourraient dépasser 1 mètre sur les massifs du sud de la France — une bonne nouvelle à quinze jours des vacances scolaires de février.

Partagez cet article

À lire aussi

Articles les plus lus