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Cumul de pluie, sols gorgés d’eau, inondations : les ingrédients d’un risque de crue persistant en Bretagne

Par Florent SCHINDLER, météorologue
mis à jour le

Des sols saturés et des rivières réagissent au quart de tour au moindre passage perturbé. Ce 28 janvier, le niveau de plusieurs cours d'eau est très élevé, avec des pics atteints ou proches sur certains tronçons, et des décrues qui peuvent être freinées par de nouvelles pluies. Adrien Thomas, météorologue de La Chaîne Météo spécialisé en hydrologie, nous donne quelques clés pour comprendre cette situation.

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Cumuls de pluie exceptionnels en Bretagne ce mois de janvier © La Chaine Météo / Météo Consult

La Chaîne Météo : la Bretagne a connu de fortes pluies et des cumuls importants qui se traduisent aujourd'hui par des niveaux de cours d'eau très élevés. Comment expliquer que ces cours d'eau réagissent si facilement et que les sols soient saturés ?

Adrien Thomas : On dit qu'un sol est saturé lorsqu'il ne peut plus absorber d'eau, et que, par conséquent, cette eau stagne en surface. Si l'eau ne peut plus s'infiltrer, elle ruisselle et peut créer des masses d'eau persistantes, surtout lorsque les nappes phréatiques sont affleurantes ou quand le sol est peu perméable (sol argileux par exemple). On le remarque facilement quand le sol possède un aspect boueux, ou lorsque l'eau remonte facilement quand on marche dessus, c'est comme si le sol avait un effet éponge. C'est le cas actuellement en Bretagne, avec des pluies exceptionnelles et durables, qui ne s'infiltrent plus dans les sols, gorgés d'eau dans la région.

Qu’est-ce qui, dans la météo depuis décembre, a rendu cette séquence durable ?

Depuis le début de l'hiver météorologique, la synoptique est dépressionnaire sur le nord-ouest du pays, avec le passage d'une succession de dépressions très creuses en flux d'ouest à sud-ouest sur le proche Atlantique. Par conséquent, de nombreuses perturbations actives ont traversé la Bretagne avec de fortes pluies à répétition. Il est tombé plus de 500 mm sur le Finistère depuis le 1er décembre 2025, ce qui correspond pratiquement au double de ce qu'il tombe en rapport aux normales pluviométriques sur la période 1991-2020. À Quimper et à Brest, le record mensuel de précipitations a été battu, pulvérisant le record du mois de janvier 2016. Les sols, gorgés d'eau, ne peuvent pas absorber l'apport d'eau supplémentaire, et les nouvelles pluies provoquent par conséquent des crues rapides.

Quels secteurs sont les plus vulnérables et pourquoi ?

En Bretagne, le contexte géologique est spécifique : la région repose sur un socle ancien, le Massif armoricain, constitué de roches métamorphiques, des roches qui ont changé à cause de la chaleur et de la pression sous la Terre, sans fondre. Ces changements peuvent les rendre plus dures et parfois avec des couches ou des bandes (par exemple, du calcaire devient du marbre). Ces modifications peuvent aboutir à des sols peu perméables. Cela favorise le ruissellement rapide vers les rivières plutôt qu'une infiltration plus profonde dans les sols.

De plus, le réseau hydrographique est dense et particulier dans la région. De nombreux petits cours d'eau traversent la Bretagne, et descendent rapidement vers la mer en raison de la faible altitude, mais également de pentes raides dans les zones de reliefs comme les Monts d'Arrée. Par ailleurs, les débits des rivières bretonnes réagissent fortement aux pluies intenses, car ils possèdent les caractéristiques de régime pluvial océanique, ce qui correspond à un type de régime hydrologique qui dépend principalement des pluies dans un climat océanique, avec d'importantes variations du débit en peu de temps.

Enfin, les nappes phréatiques sont souvent moins profondes dans la région, et plus réactives aux pluies, comme elles se situent dans des sols de roches dures, avec peu de porosité naturelle.

Dans un épisode comme celui-ci, quel est le rôle des marées et du littoral ?

Lorsque les coefficients de marée sont élevés, les rivières peinent à évacuer l'eau vers l'océan. De même, lorsque de fortes vagues sont corrélées aux coefficients de marée, la houle freine l'écoulement des eaux fluviales vers l'océan. Les submersions marines font partie des mécanismes d'inondation spécifiques que connait la région, quand les marées hautes empêchent l'eau de s'évacuer vers l'océan. C'est ce qui est arrivé lors de la situation de la tempête Ingrid en fin de semaine dernière : les isobares se resserrent, les rafales se renforcent et soulèvent un océan déchaîné, avec des vagues de plus de 10 m de haut, corrélées aux coefficients de marée élevés. Fort heureusement, les coefficients de marée sont plus bas cette semaine, ce qui permet un écoulement plus facile des rivières.

À quoi doit-on s’attendre pour la suite ?

Le contexte dépressionnaire que connaît la France en cette fin du mois de janvier va être durable, avec un temps perturbé à perte de vue. Par conséquent, de nombreuses perturbations vont défiler, avec un nouvel apport de pluie conséquent en Bretagne, faisant craindre de nouvelles crues sur des sols saturés. Certains modèles météo évoquent la possibilité de cumuls pluviométriques supérieurs à 100 mm supplémentaires jusqu'à mercredi prochain en Bretagne.

Une situation très compliquée pour les habitants de Bretagne, qui devront faire preuve de patience face à un contexte dépressionnaire bloqué pendant 15 jours au minimum.

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