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Chenilles processionnaires : comment la météo favorise leur prolifération en France
Forêts fermées, risques sanitaires en hausse : les chenilles processionnaires gagnent du terrain en France. Une expansion largement favorisée par l'évolution des conditions météorologiques.
Interdiction d'accès dans plusieurs secteurs de la forêt de Rambouillet, alertes sanitaires dans plusieurs départements, traitements renforcés dans certaines communes : les chenilles processionnaires font de nouveau parler d'elles.
La situation est telle que le préfet des Yvelines a dû fermer temporairement une partie du massif forestier de Rambouillet en raison d'une prolifération exceptionnelle de chenilles processionnaires du chêne. L'interdiction a même été prolongée jusqu'au vendredi 5 juin 2026 dans plusieurs secteurs situés autour de Rambouillet, Vieille-Église-en-Yvelines, Sonchamp, Clairefontaine-en-Yvelines, La Celle-les-Bordes, Le Perray-en-Yvelines et Les Bréviaires.
Un épisode qui illustre parfaitement l'expansion de cette espèce en France, favorisée depuis plusieurs années par l'évolution du climat.
Une espèce invasive désormais présente sur une grande partie du territoire
Les chenilles processionnaires sont les larves de papillons nocturnes.
Les deux espèces les plus répandues en France sont la processionnaire du pin et la processionnaire du chêne. Elles doivent leur nom à leur comportement caractéristique : lorsqu'elles se déplacent, elles avancent en longues files indiennes pouvant compter plusieurs dizaines d'individus.
Le danger provient de leurs milliers de poils microscopiques urticants. Très légers, ils peuvent être transportés par le vent sur plusieurs dizaines de mètres et provoquer irritations de la peau, atteintes oculaires, troubles respiratoires et réactions allergiques parfois sévères. Les chiens figurent parmi les animaux les plus exposés.
Longtemps limitées au sud du pays, elles ont progressivement colonisé une grande partie de la France ces dernières années.
Pourquoi la météo est-elle déterminante ?
Originaire du bassin méditerranéen, cette espèce se distingue de la plupart des insectes par un cycle de vie qui se déroule principalement en automne et en hiver. Les chenilles sont alors particulièrement sensibles aux conditions météorologiques. Les hivers doux constituent aujourd'hui le principal facteur favorable à leur expansion.
Actives durant la mauvaise saison, elles supportent mal les longues périodes de gel intense, mais survivent beaucoup mieux lorsque les températures restent élevées. Cette hausse de la survie leur permet progressivement de coloniser des régions auparavant trop froides.
Les chenilles doivent également s'alimenter régulièrement pour achever leur développement. Elles quittent leur nid la nuit pour consommer les aiguilles de pin, mais uniquement lorsque les températures sont suffisamment clémentes. Plus l'hiver est doux, plus elles disposent de nuits favorables pour se nourrir et poursuivre leur croissance.
L'ensoleillement joue lui aussi un rôle majeur. Les nids blancs soyeux visibles dans les arbres fonctionnent comme de véritables capteurs solaires. Même en plein hiver, ils peuvent atteindre des températures bien supérieures à celles de l'air ambiant lors des journées ensoleillées, offrant ainsi des conditions favorables au développement des larves.
Enfin, les printemps précoces accélèrent l'ensemble du cycle biologique. Après notre printemps exceptionnellement chaud de 2026, plusieurs observations ont signalé des processions plus précoces que d'habitude dans certaines régions, conduisant parfois les collectivités à avancer leurs opérations de surveillance et de lutte.
Hivers plus doux, printemps plus chauds et bon ensoleillement : autant de conditions qui favorisent aujourd'hui l'expansion de cet insecte vers le nord de la France et vers des altitudes de plus en plus élevées, faisant de cette espèce l'un des exemples les plus visibles de l'impact du changement climatique sur les écosystèmes.
La vague de chaleur de mai 2026 a-t-elle aggravé la situation ?
Selon plusieurs témoignages recueillis dans les Yvelines, la prolifération observée à Rambouillet a été favorisée par les conditions exceptionnellement chaudes de la fin mai. Les fortes chaleurs ont accéléré l'activité des chenilles du chêne. La météo intervient également sur la dispersion des poils. Les journées chaudes, sèches et venteuses favorisent leur mise en suspension dans l'air, comme pour les pollens, augmentant les risques pour les promeneurs, même sans contact direct avec les chenilles.
Quand le risque est-il le plus élevé ?
Pour la processionnaire du pin, le risque maximal se situe généralement entre février et avril lorsque les chenilles descendent des arbres pour s'enfouir dans le sol.
Pour la processionnaire du chêne, le danger est surtout présent entre avril et juillet, période durant laquelle les colonies se développent dans les chênes et libèrent massivement leurs poils urticants.
Quels sont les réflexes à adopter en cas de présence de chenilles processionnaires ?
En présence de nids ou de chenilles processionnaires :
- ne jamais toucher les chenilles ni leurs nids
- éviter les zones signalées
- tenir les chiens en laisse
- ne pas s'installer sous les arbres infestés
- laver les vêtements après une exposition
- consulter rapidement un médecin en cas de réaction importante.
Les autorités recommandent une vigilance particulière lors des journées chaudes et venteuses, lorsque les poils urticants peuvent être transportés sur plusieurs dizaines de mètres.
La progression de cette espèce vers le nord de la France est aujourd'hui considérée comme l'un des exemples les plus concrets des conséquences du réchauffement climatique sur les écosystèmes. L'épisode de Rambouillet, inédit par son ampleur et les restrictions mises en place, montre que ce phénomène n'est plus seulement une nuisance locale mais un véritable enjeu de santé publique.