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Canicule : les poussières du Sahara ont aggravé les nuits étouffantes de juin
La canicule historique de fin juin 2026 aurait été renforcée par une forte concentration d’aérosols sahariens au-dessus de la France. C’est ce que révèle une publication du CNRS/INSU, alors qu’une nouvelle canicule s’installe cette semaine et devrait durer jusqu’aux alentours du 15 juillet.
La canicule de fin juin 2026 a marqué les esprits par son intensité, son étendue et surtout par des nuits particulièrement difficiles, avec des températures très élevées jusqu’au petit matin. Dans un article du 3 juillet publié par le CNRS, une quantité exceptionnelle d’aérosols désertiques a stagné au-dessus de la France pendant l’épisode.
Jusqu’à 2 à 3 fois plus d’aérosols que la normale
Les mesures réalisées ont mis en évidence une charge en aérosols 2 à 3 fois supérieure à la moyenne habituelle en région parisienne. Le phénomène ne se limitait pas à l’Île-de-France : selon les chercheurs, il aurait pu être observé sur une grande partie du pays. Ces particules venaient très probablement du Sahara. Ce type de transport n’est pas rare au printemps ou en été, mais l’épisode de juin s’est distingué par l’épaisseur de la couche, sa durée et l’absence de pluie pour lessiver l’atmosphère.
Résultat : les poussières sont restées en suspension plusieurs jours.
Un blocage météo favorable à l’effet de serre nocturne
La situation atmosphérique était particulièrement propice. Deux anticyclones encadraient la France, tandis qu’une dépression située plus au nord jouait un rôle de pompe à chaleur, attirant l’air saharien vers le pays. Cette configuration de blocage en oméga a empêché la circulation habituelle d’ouest en est et a maintenu l’air chaud et poussiéreux au-dessus de nos têtes.
Durant la journée, ces aérosols peuvent réfléchir une partie du rayonnement solaire, mais ils absorbent aussi de l’énergie et réchauffent localement l’atmosphère. La nuit, leur effet devient plus pénalisant : ils piègent une partie du rayonnement infrarouge renvoyé par les sols surchauffés, puis le réémettent vers la surface. Cela limite le refroidissement nocturne, avec un réchauffement additionnel probablement de l’ordre de 1°C au maximum selon les chercheurs.
Des sols secs et des villes encore plus exposées
L’effet a été renforcé par l’état des sols. En période de canicule, les surfaces très sèches chauffent fortement en journée et restituent ensuite cette chaleur la nuit. Comme il n’y a presque plus d’eau disponible à évaporer, l’énergie solaire se transforme davantage en chaleur sensible, ce qui accentue la hausse des températures.
Dans les grandes villes, l’îlot de chaleur urbain aggrave encore le phénomène. Les bâtiments, les rues étroites et les surfaces minérales emmagasinent la chaleur le jour et la relâchent lentement la nuit. C’est l’une des raisons pour lesquelles les nuits tropicales deviennent particulièrement éprouvantes dans les métropoles lors des épisodes caniculaires.
Un phénomène déjà observé lors d’autres canicules
Les aérosols sont souvent présents lors des grandes chaleurs, car les masses d’air viennent fréquemment du sud.
Mais leur origine et leur effet peuvent varier. Lors de la canicule de 2015, moins intense, les particules provenaient de plusieurs régions, dont le Canada, le Sahara ou l’Europe de l’Est. En 2003, la situation était proche sur le plan radiatif, mais les aérosols venaient surtout des feux de forêt du Portugal et d’Espagne : il s’agissait alors de particules de suie, elles aussi capables d’absorber et de réémettre le rayonnement.
Dans le cas de juin 2026, les poussières sahariennes contenaient notamment des oxydes de fer, connus pour leur capacité à absorber la chaleur. Elles ont donc contribué à modifier le bilan radiatif, sans être la cause principale de la canicule.
Les poussières sahariennes ne déclenchent pas une canicule à elles seules mais lorsqu’elles se combinent à une masse d’air très chaude, à des sols secs, à l’absence de pluie et à un blocage atmosphérique, elles peuvent aggraver l’inconfort, surtout la nuit. Au moment où une nouvelle canicule débute en France, c’est un facteur supplémentaire à surveiller de près ces prochains jours, surtout si de nouveaux panaches désertiques remontent vers la France, ce qui ne semble pas être le cas pour le moment.