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Sécheresse historique en France : nouvelle période durable de temps sec après les orages

Par Cyrille Duchesne, météorologue
mis à jour le

Après un printemps et un début d'été très déficitaires en pluie et 3 épisodes de canicule depuis la fin mai, la teneur en eau des sols et les cours d’eau affichent des niveaux exceptionnellement bas. Les orages de ces derniers jours, la sécheresse reste généralisée et ses conséquences s’aggravent sur la ressource en eau, l’agriculture et le risque d’incendie.

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Sécheresse des sols historique © Meteo Consult / La Chaine Météo

Un déficit de pluie exceptionnel depuis le début de l’été

La France connaît une sécheresse météorologique majeure, liée à la prédominance de conditions anticycloniques depuis la fin du printemps. Les perturbations atlantiques ont été rares et les orages peu fréquents et souvent localisés, ne permettant pas d'humidifier les sols en profondeur.

Précipitations très déficitaires depuis le début de l'été © Meteo Consult / La Chaine Météo

Depuis le début de l’été météorologique le 1er juin, il est tombé en moyenne sur la France la moitié des précipitations habituelles à cette période de l'année. Le déficit pluviométrique est très marqué dans le sud-est comme à Bastia où il n'est tombé que 3 mm en 1 mois et demi pour une moyenne de 48 mm. L'ouest et le sud-ouest du pays sont également concernés par un important déficit pluviométrique avec 17 mm à Toulouse pour une normale de 80 mm ou 18 mm à Poitiers pour une normale de 82 mm. Certaines villes du nord de la France ont été peu arrosées comme Paris et Dijon avec respectivement 24 et 33 mm.

Les 3 canicules ont aggravé l’assèchement des sols

Le manque de pluie a été fortement aggravé par les 3 vagues de chaleur ou canicules successives depuis la fin du mois de mai. Sous l’effet des températures élevées, de l’ensoleillement et du vent, l’évaporation s’est intensifiée tandis que la végétation puisait davantage d’eau dans les sols.

Le volume d'eau des terres agricoles présente désormais un déficit souvent compris entre 40 et 80 % par rapport à la normale 1991-2020. La sécheresse des sols concerne maintenant la majeure partie du pays.

La succession de périodes de fortes chaleurs a provoqué une perte rapide de l’eau stockée dans les premières couches du sol et a accéléré la baisse des débits des rivières. Ce phénomène peut se développer en quelques semaines seulement lorsque les fortes températures se combinent à un déficit pluviométrique persistant.

Evolution du bilan hydrique en France © Meteo Consult / La Chaine Météo

L’indicateur hydrique glissant sur 90 jours montre que nous sommes à un niveau record bas en cette mi-juillet. On a battu les niveaux les plus bas observés lors de l’été 1976, référence historique en matière de sécheresse en France. Il est intéressant de voir que nous sommes passés d'un niveau record haut en février en lien avec une pluviométrie exceptionnelle à un niveau record bas en juillet, résultant de la combinaison d'une très faible pluviométrie et de fortes chaleurs

Pourquoi les récents orages ne changent-ils pas la situation ?

Les orages de mercredi et jeudi ont parfois apporté 30 à 50 mm de pluie, notamment en Bretagne et du Massif central aux Alpes. Ces cumuls sont toutefois restés très irréguliers : certaines communes ont reçu une pluie abondante en peu de temps tandis que les secteurs voisins sont restés presque secs.

Cumuls de pluie de jeudi 12h à vendredi 8h © Meteo Consult / La Chaine Météo

Lorsqu’elle tombe brutalement sur des sols desséchés ou durcis, une part importante de l’eau ruisselle vers les fossés et les cours d’eau au lieu de s’infiltrer durablement. Ces précipitations humidifient temporairement la surface, mais ne permettent ni de reconstituer les réserves profondes ni de compenser plusieurs mois de déficit.

Seules des pluies fréquentes et sans trop fortes intensités pourraient améliorer durablement l’humidité des sols et soutenir le niveau des rivières.

Restrictions d’eau, agriculture et incendies : des conséquences déjà importantes

Les restrictions d’usage se sont considérablement étendues, avec de nombreux bassins versants de cours d'eau placés en alerte renforcée ou en crise. Selon les territoires, elles concernent l’arrosage, le remplissage des piscines, le lavage des véhicules ou encore l’irrigation agricole, afin de ralentir la baisse des ressources et de préserver les usages prioritaires.

Restrictions d'eau au 17 juillet © Meteo Consult / La Chaine Météo

Pour l’agriculture, le manque d’eau entraîne un stress hydrique des cultures, une baisse des rendements et des besoins d’irrigation plus importants au moment où la ressource devient limitée. Les prairies jaunissent précocement et l’alimentation du bétail peut également devenir plus difficile.

Les cours d’eau très bas fragilisent les écosystèmes aquatiques, réduisent leur oxygénation et augmentent leur sensibilité à la pollution et au réchauffement. Enfin, la végétation extrêmement sèche constitue un combustible particulièrement inflammable : avec la chaleur et le vent, le risque de départ et de propagation rapide des incendies restera très élevé dans les prochaines semaines.

Très peu de pluie ces prochains jours en France

Après le temps plus instable et orageux de cette fin de semaine, les conditions anticycloniques s'installent à nouveau durablement sur la France à partir de ce week-end.

Précipitations prévues d'ici le dimanche 26 juillet © Meteo Consult / La Chaine Météo

En dehors de l'extrême nord-est et des reliefs de l'extrême sud-est, aucune pluie significative ou orage ne parviendra à circuler sur le pays. Une nouvelle situation de blocage qui ne fera qu'aggraver la sécheresse des sols. Avec un vent orienté au nord ou au nord-est, la chaleur sera plus modérée avec une évapotranspiration un peu moins forte qu'au cours de ces dernières semaines.

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