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Chaleur et sécheresse en France : comment un engrenage s’est installé depuis mai

Par Régis Crépet, météorologue
mis à jour le

Après un hiver humide, la France a basculé en quelques semaines vers une sécheresse des sols exceptionnelle. Les canicules successives ont accéléré l’assèchement, qui favorise à son tour des températures plus élevées : un véritable engrenage météo-climatique.

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La Loire à très bas niveau dans la région de Tours © Meteo Consult / La Chaine Météo

Depuis mai, chaque épisode de chaleur prépare en partie le suivant

Au printemps, la diminution des pluies puis la première séquence de forte chaleur ont rapidement asséché les couches superficielles des sols. Les épisodes beaucoup plus intenses de juin puis de juillet ont ensuite accentué ce déficit hydrique. Au 17 juillet, l’humidité moyenne des sols en France atteignait un niveau inédit aussi tôt dans l’été, inférieur à ceux observés à la même date en 1976, 2022 ou 2025. Cette sécheresse exceptionnelle contribue aujourd’hui à la multiplication des départs de feu et à leur propagation rapide.

Pourquoi des sols secs accentuent-ils les fortes chaleurs ?

Lorsqu’un sol contient encore beaucoup d’eau, une part importante de l’énergie solaire sert à évaporer cette eau et à alimenter l’évapotranspiration de la végétation. C'est ce qu'on appelle "l'eau verte". Ce mécanisme refroidit naturellement l’air près du sol. Quand les réserves s’épuisent, ce « climatiseur naturel » fonctionne beaucoup moins : une part plus importante de l’énergie disponible chauffe directement le sol puis l’atmosphère. Les après-midi deviennent donc plus chauds et l’air plus sec, ce qui accélère encore l’évaporation résiduelle. Ce couplage entre humidité des sols et température est bien documenté et peut amplifier l’intensité et la durée des vagues de chaleur européennes (1)(2).

Que faudrait-il pour casser cet engrenage ?

Quelques orages ne suffisent généralement pas. Ils peuvent humidifier temporairement les premiers centimètres du sol, mais leurs pluies sont souvent trop localisées et trop brutales pour restaurer durablement les réserves. Il faudrait une séquence de plusieurs perturbations, avec des pluies régulières, étendues et suffisamment durables, accompagnées d’une baisse des températures permettant de réduire l’évapotranspiration. Or les tendances pour le début du mois d’août conservent un risque de nouvelles périodes anticycloniques et très chaudes. Tant qu’un véritable changement de régime atmosphérique ne s’installe pas, le cercle chaleur–sécheresse restera difficile à rompre.

L’été 2026 illustre ainsi un mécanisme bien connu : la circulation atmosphérique déclenche les épisodes chauds et secs, mais une fois les sols fortement desséchés, ceux-ci peuvent à leur tour en amplifier les conséquences.

Notes

(1) Fischer et al., Geophysical Research Letters, 2007 : rôle du couplage sol-atmosphère dans les vagues de chaleur européennes.

(2) Stegehuis et al., Journal of Geophysical Research, 2021 ; Seneviratne et al., Nature, 2006 : influence de l’humidité des sols sur les températures estivales en Europe occidentale

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