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Incendies : comment les « orages secs » peuvent-ils déclencher de nouveaux feux ?

Par Florent Schindler, météorologue
mis à jour le

En Europe du Sud, la saison des incendies atteint des niveaux particulièrement inquiétants. En France, la Sécurité civile comptabilise déjà 35 feux majeurs en cours et plus de 50 000 hectares brûlés depuis le début de l'année — soit trois fois plus que la surface détruite l'année dernière à la même période. De l'autre côté des Pyrénées, l'Espagne fait face à une crise similaire avec des dizaines de milliers d'hectares réduits en cendres.

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Les orages sec peuvent aggraver la situation sur le front de certains incendies © La Chaîne Météo /Image d'illustration générée à l'aide de l'iA

Alors que les incendies se multiplient en France et en Espagne, un phénomène météorologique devient particulièrement redouté lorsque les forêts sont desséchées : l’orage sec. Peu ou pas de pluie au sol, mais de la foudre et parfois de violentes rafales : cette combinaison peut provoquer de nouveaux départs de feu et compliquer considérablement le travail des pompiers.

Une saison des incendies déjà exceptionnelle en Europe du Sud

Des forêts de Gironde aux massifs espagnols, l’été 2026 prend une tournure particulièrement préoccupante. Après des semaines de fortes chaleurs et une sécheresse persistante, la végétation est devenue extrêmement inflammable dans de nombreuses régions.

En France, plus de 50 000 hectares ont déjà brûlé depuis le 1er janvier, soit près de trois fois la superficie touchée à la même période l'année dernière. Ce vendredi 24 juillet, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez faisait état de 32 incendies encore en cours, de tailles très variables. L'engagement des moyens aériens est déjà environ 2,5 fois supérieur à celui de l'an dernier.

La situation est encore plus spectaculaire de l’autre côté des Pyrénées. Selon les données du système européen EFFIS, 119 458 hectares avaient déjà brûlé en Espagne au 22 juillet, contre 35 270 hectares à la même date en 2025. Surtout, la superficie parcourue par les incendies a plus que doublé en seulement deux semaines, passant de 58 383 hectares le 8 juillet à près de 120 000 hectares le 22 juillet. À l'échelle de l'Union européenne, environ 254 000 hectares avaient déjà brûlé depuis le début de l'année au 22 juillet. Le nombre de feux recensés par EFFIS est plus de deux fois supérieur à la moyenne de long terme.

Dans ce décor de végétation desséchée, il suffit parfois d'une étincelle. Et celle-ci peut venir directement du ciel.

Qu'est-ce qu'un orage sec ?

Vu de loin, rien ne distingue forcément un orage sec d'un orage classique. Un cumulonimbus se développe, le ciel s'assombrit, le tonnerre gronde et des précipitations se forment dans le nuage. Mais sous l'orage, l'atmosphère peut être extrêmement sèche sur plusieurs kilomètres d'épaisseur. En tombant, les gouttes traversent cette couche d'air chaud et sec et s'évaporent partiellement, voire totalement, avant d'atteindre le sol. On observe alors sous le cumulonimbus des rideaux de précipitations qui semblent suspendus dans le ciel : ce sont les « virgas ». L'orage produit donc de la pluie en altitude, mais très peu d'eau atteint réellement la végétation.

Un orage sec ne signifie d'ailleurs pas nécessairement « zéro pluie ». En météorologie des incendies, on parle aussi d'orage sec lorsque les quantités atteignant le sol sont trop faibles pour humidifier suffisamment la végétation et freiner un éventuel départ de feu.

La foudre, une étincelle tombée du ciel

C'est tout le paradoxe : un orage peut arriver au-dessus d'une forêt sans lui apporter suffisamment d'eau, tout en multipliant les impacts de foudre. Le canal d'un éclair peut porter l'air à environ 50 000 °F, soit près de 28 000 °C. Mais ce chiffre spectaculaire ne signifie pas qu'un arbre frappé prend systématiquement feu. L'inflammation dépend notamment de l'état du combustible, de son humidité et des caractéristiques de la décharge électrique.

Lorsque les herbes, aiguilles, branches mortes et litières forestières sont extrêmement sèches, certaines décharges nuage-sol peuvent néanmoins déclencher une combustion. Et contrairement à un orage très pluvieux, aucune pluie significative ne vient ensuite humidifier le combustible ou freiner le foyer naissant. C'est cette association « foudre + végétation sèche + faibles précipitations » qui rend les orages secs particulièrement dangereux en période de sécheresse.

Pourquoi les rafales d'un orage sec sont-elles également dangereuses ?

La menace ne vient pas seulement des éclairs. Lorsque les précipitations s'évaporent sous le nuage, cette évaporation refroidit l'air. Devenu plus dense, celui-ci accélère vers le sol : une puissante rafale descendante peut alors se produire. En atteignant la surface, cet air s'étale horizontalement et peut provoquer des rafales soudaines, fortes et surtout très changeantes en direction. Ce phénomène est particulièrement redouté des pompiers : un feu jusque-là poussé dans une direction peut brutalement accélérer ou changer de trajectoire.

Sur un incendie déjà actif, l'arrivée d'un orage peut donc constituer une fausse bonne nouvelle : quelques millimètres de pluie peuvent tomber localement, tandis qu'à quelques kilomètres seulement, la foudre déclenche de nouveaux foyers et les rafales accélèrent les flammes.

Le danger invisible des « feux dormants »

Autre difficulté : tous les incendies provoqués par la foudre ne deviennent pas immédiatement visibles. Un impact peut initier une combustion lente dans une souche, des racines, une litière forestière ou de la matière organique. Le foyer reste alors discret, parfois sans flamme apparente. On parle de « holdover fire », que l'on peut traduire par feu latent ou feu couvant. Cette phase peut durer plusieurs heures, plusieurs jours et, dans certains environnements, exceptionnellement davantage. C’est surtout un phénomène typique des grandes forêts boréales, donc principalement au Canada, en Alaska et en Sibérie. Dans ces régions, la foudre est une cause majeure d’incendies et les sols riches en matière organique, mousses, tourbe et racines permettent au feu de couver longtemps sous la surface avant de redevenir actif.

Pourquoi les orages secs sont-ils particulièrement redoutés cet été ?

L'orage sec réunit finalement presque tout ce que redoutent les services de lutte contre les incendies : une végétation desséchée prête à brûler, des impacts de foudre capables de créer plusieurs foyers éloignés les uns des autres, peu de pluie pour les éteindre et des rafales descendantes susceptibles d'accélérer brutalement leur propagation. Lorsque plusieurs incendies démarrent simultanément, parfois dans des secteurs difficiles d'accès, les moyens terrestres et aériens doivent en outre être répartis entre plusieurs foyers. Les orages de ce soir et de la journée de demain seront particulièrement scrutés en espérant qu'ils soient les moins secs possible pour aider la lutte intense menée actuellement.

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