Actualités Météo
Projection Mercator : pourquoi la carte du monde est en train d’évoluer
La projection de Mercator, familière des atlas scolaires comme des cartes en ligne, vient de subir un sérieux revers institutionnel. Le 4 septembre 2026, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté par 164 voix contre une, avec six abstentions, une résolution encourageant gouvernements, écoles, organisations internationales et entreprises technologiques à privilégier des représentations respectant mieux la superficie relative des continents.
Pourquoi changer ?
Mercator n’est pas une « mauvaise » carte : conçue par Gérard Mercator en 1569, elle possède une qualité essentielle pour la navigation, puisqu’elle préserve les angles et permet de représenter les routes à cap constant par des lignes droites. Mais cette propriété se paie par une forte déformation des superficies à mesure que l’on s’éloigne de l’équateur. Le Groenland finit ainsi par sembler presque aussi vaste que l’Afrique, alors que le continent africain est environ quatorze fois plus grand. Utilisée comme planisphère généraliste plutôt que comme outil de navigation, la projection peut donc fausser intuitivement notre perception du poids relatif des régions du monde.
L’alternative mise en avant par l’ONU n’est cependant pas née en 2026. L’idée remonte aux controverses de mars 2017, lorsque les écoles publiques de Boston ont décidé d’adopter la projection Gall-Peters pour mieux respecter les superficies. Insatisfait par l'aspect visuel de cette alternative, le cartographe Tom Patterson s'est associé à Bernhard Jenny et Bojan Šavrič pour concevoir une nouvelle projection à surfaces égales, plus naturelle à l'œil : la projection Equal Earth, publiée en 2018 avec des équations établies par Šavrič.
Une carte du monde qui ne fait plus consensus
La poussée actuelle est, elle, largement africaine. En avril 2025, les organisations Africa No Filter et Speak Up Africa ont lancé la campagne « Correct the Map », réclamant notamment l’adoption d’Equal Earth par les médias, les écoles et les grandes plateformes numériques. L’Union africaine a ensuite repris cette revendication, avant que le Togo ne la porte aux Nations unies. Autrement dit, il faut distinguer les inventeurs de la nouvelle projection de ceux qui ont transformé le sujet en enjeu politique international.
Le mouvement dépasse d’ailleurs l’ONU. Le même 4 septembre, la France a annoncé que le Quai d’Orsay cesserait d’utiliser Mercator systématiquement dans ses représentations diplomatiques. Contrairement à certains titres de presse, Paris n’a pas décrété qu’Eckert IV remplacerait Mercator partout : Jean-Noël Barrot a explicitement indiqué vouloir choisir « pour chaque usage la cartographie adéquate ».
De Mercator à Equal Earth : changer notre regard sur le monde
Pour les internautes, le changement sera progressif, pas spectaculaire du jour au lendemain. La résolution de l’ONU n’est pas contraignante et ne force ni Google Maps ni les autres services à modifier leurs cartes. Mercator reste très pratique lorsque l’on zoome à l’échelle d’une ville ou que l’on navigue. En revanche, les vues du monde entier, cartes de données, infographies et supports pédagogiques pourraient de plus en plus adopter Equal Earth ou d’autres projections adaptées. Les obstacles techniques diminuent : Mapbox prend déjà en charge Equal Earth et des projections « adaptatives », tandis que les outils open source progressent dans la reprojection dynamique des cartes interactives.
Ce qui change surtout est donc notre vue d’ensemble du monde : à l’échelle planétaire, l’Afrique et l’Amérique du Sud retrouveront davantage leur poids visuel réel, tandis que le Groenland, l’Europe, le Canada ou la Russie paraîtront relativement moins imposants.
Mercator ne disparaît pas ; elle cesse progressivement d’être considérée comme la représentation universelle par défaut.